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Publié le 13/08/2010
Instituts Confucius : les Africains saluent l'ancrage dans la relation du continent avec la Chine

Lieux d'imprégnation de la langue et des savoirs culturels chinois, les instituts Confucius établis en Afrique symbolisent un point d'ancrage essentiel de la relation de partenariat du continent avec la Chine, ont estimé les responsables africains interrogés par Xinhua à l'ouverture d'une conférence jeudi à Yaoundé.

"Ces instituts Confucius effectivement peuvent servir de pont d' échange entre les cultures africaines et la culture chinoise, vu la richesse de nos cultures distinctes. Pour faire face à l'autre,il faut apprendre aussi sa langue", a souligné Mohammed Salhi, vice-doyen à la faculté des lettres de l'Université Mohamed V à Rabat au Maroc.

Pendant deux jours en marge de leur troisième conférence annuelle, après celles de 2008 à Beijing et de 2009 à Nairobi au Kenya, les responsables des 25 instituts Confucius créés dans 18 pays africains réfléchissent à une stratégie visant à rendre ces structures performantes afin de mieux s'adapter à l'évolution du partenariat stratégique sino-africain.

Sous la coordination du directeur général du Bureau du Conseil international pour la promotion de la langue chinoise (Hanban), Mme Xu Lin, ces assises ont notamment été saluées par le ministre camerounais de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, comme un moment important pour favoriser le rapprochement culturel pour une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples africains et chinois.

ATOUT SUPPLEMENTAIRE

"Quand on s'ouvre à la Chine, on s'ouvre aussi à notre propre histoire, notre propre passé qui est bien riche avec les cultures et les langues autochtones et les langues des anciens colonisateurs de notre continent. C'est pour moi quelque chose de très enrichissant et de très positif", a affirmé M. Salhi.

Au Maroc, l'institut Confucius a ouvert ses portes en septembre 2009 au sein de la faculté des lettres de l'Université Mohamed VI, avec un seul professeur chinois, d'où la limite à 200 étudiants malgré une forte demande. "Chaque jour, je reçois plus de 50 appels de toutes les villes du Maroc", confie M. Salhi qui annonce la décision des dirigeants de Hanban de renforcer le staff en 2011 par l'envoi de trois nouveaux professeurs.

Avec "des racines en Afrique et des branches en Europe", ce pays se présente comme "un monde de cultures très diversifiées", où l'apprentissage de la langue chinoise est un "atout supplémentaire". Une quinzaine culturelle portant sur les cultures chinoises et un colloque international sur le Chine et le monde arabo-musulman sont annoncés en 2011.

Le Rwanda déclare également avoir mis en place son institut Confucius depuis bientôt un an à l'Institut d'éducation de Kigali. Une centaine d'étudiants sont annoncés, "mais aussi il y a des femmes et des hommes d'affaires, des instituts de tourisme qui affluent vers l'institut", révèle le directeur, Dr Beatrice Yanzigiye.

Pour celle-ci, la présence de ces centres de formation linguistique et de diffusion des cultures chinoises ne saurait en aucun cas être perçue comme le témoignage d'une nouvelle colonisation de l'Afrique par la Chine, mais une matérialisation de la coopération au travers du dialogue culturel.

"C'est très important, dit-elle, d'apprendre la langue chinoise parce que la Chine est un pays qui s'ouvre à l'Afrique et au monde entier. Et c'est un pays qui a beaucoup à partager avec l'Afrique. Il n'y a pas très longtemps, la Chine était un pays en voie de développement, maintenant c'est une puissance économique. Nous avons beaucoup à apprendre de la Chine".

CONTINENT OUVERT AUX CULTURES ETRANGERES

C'est le point de vue partagé par le Malien Fayera Sissoko pour qui "l'Afrique et la Chine sont des amis et cette amitié ne date pas d'aujourd'hui. Il y a un navigateur chinois qui découvert l' Afrique bien avant les Européens. Depuis l'indépendance, nous avons été assistés par la Chine, ensuite qui ignore aujourd'hui le poids de la Chine dans les affaires internationales ?".

L'expérience du Mali en matière d'apprentissage et d' enseignement de la langue chinoise fait école. Ce pays d'Afrique de l'Ouest figure parmi les tout premiers du continent à instaurer cette langue dans le système éducatif national. "Depuis 1972, on enseigne la langue chinoise au Mali, dans tous les lycées pratiquement. Moi-même j'en suis un fruit", informe M. Sissoko.

Sans autre motif que le rapprochement avec les autres peuples du monde, l'Afrique est un continent qui a toujours ouvert ses bras aux cultures et langues étrangères, enseignées dans les facultés des universités et les écoles de formation des enseignants, à l'instar de l'Ecole normale supérieure (ENS) de Yaoundé et celle de Maroua au Cameroun.

"La langue est le véhicule de toute culture et de toute connaissance. Et sur cette base, apprendre le chinois devient un moyen d'acquisition du savoir-être, du savoir-faire de la Chine. Les pays africains ont beaucoup à apprendre de la Chine quand on sait qu'elle fait partie des grandes puissances aujourd'hui, admirée par l'Europe, l'Amérique et les autres continents", observe le Togolais Ataféi Pewissi.

A cet égard, professe-t-il, "la langue chinoise fait partie des éléments que nous devons incorporer dans ce que nous avons déjà comme culture en vue de créer des valeurs nouvelles de développement. L'Afrique doit s'attacher à la Chine pour apprendre comment elle est sortie de son état de sous-développement pour se hisser comme une puissance mondiale".

SPECIFICITE DE LA COOPERATION CHINOISE

Ouvert en 2008 avec 80 apprenants réguliers, l'Institut Confucius du Togo à Lomé en dénombre 100 à l'heure actuelle, sans compter quelque 200 hommes d'affaires et fonctionnaires de l'Etat, souffle le Pr Pewissi. "Notre objectif, c'est de former d'abord les enseignants. A partir de là, l'enseignement du chinois fera partie du programme du primaire, du secondaire pour renforcer l' université, puisque l'objectif après tout, c'est de créer une faculté chinoise", indique-t-il.

Avec un esprit cartésien, le Libérien Alpha Bah pense qu'"il y a des changements dans la vie en général. Le 21e siècle est celui de la Chine. Donc, on peut essayer d'établir le contact avec la Chine. Nous avons essayé avec les Etats-Unis, l'Europe, nous devons avoir des expériences multiformes. Nous ne devons pas suivre une seule ligne comme à l'époque coloniale. Nous voulons diversifier les partenariats avec le reste du monde".

"Sans doute, la Chine veut avoir une plus grande influence dans le monde, mais elle ne nous dicte pas une conduite dans nos affaires, contrairement à nos colonisateurs qui nous imposaient des décisions sans nous donner la possibilité de faire un choix", note-t-il.

Deux ans après sa création, l'Institut Confucius de l' Université du Liberia à Monrovia totalise environ 250 étudiants. Dans cette université d'ailleurs, la possibilité existe de "faire la deuxième spécialisation sur les études chinoises, c'est-à-dire la langue, la littérature et l'économie", précise Dr Bah qui salue en la Chine "une autre voie de faire le développement" pour l' Afrique.

Source: Xinhua 



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