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Publié le 16/04/2015
La médecine tibétaine s'ouvre au monde

Ma Li

Le 25 mars, Yang Ga, directeur du Département des masters de l'Université de médecine traditionnelle du Tibet, rencontrait notre journaliste et lui expliquait sa vision pour l'avenir de la médecine tibétaine : « Si l'on veut que la médecine tibétaine et ses accomplissements dépassent nos frontières, il faut que les experts en médecine tibétaine se rendent à l'étranger et recrutent davantage d'étudiants internationaux. Il faut que ceux-ci deviennent le pont de communication permettant de propager la culture de la médecine tibétaine. »

L'Université de médecine traditionnelle du Tibet est le pilier de la recherche et de l'éduction dans son domaine. Elle rassemble, depuis les années 80, la grande majorité des experts et Yang Ga y a contribué de façon éminente.

Yang Ga naquit en 1966 dans le xian de Biru, sur les hauts plateaux du Tibet. Les conditions de vie étaient particulièrement difficiles, mais elles n'émoussèrent pas les rêves du jeune garçon : « Quand j'étais enfant, je me disais que si j'en avais l'opportunité, je partirais pour étudier. »

En 1978, l'établissement d'études secondaires du xian de Biru ouvrit une classe préparatoire et Yang Ga saisit cette opportunité. Dix ans plus tard, il passa avec succès les examens d'entrée pour intégrer la Faculté de médecine traditionnelle de l'Université du Tibet. En 1989, cette Faculté devint autonome et devint l'Université de médecine traditionnelle du Tibet. En 1991, Yang Ga obtint son diplôme universitaire, mais il poursuivit ses études et devint, en 1999, le premier étudiant à obtenir un master dans l'histoire du Tibet.

Yang Ga ne peut s'empêcher de revenir sur cette période avec un brin d'émotion. Il n'était qu'un élève parmi tant d'autres dans cette région et pour lui, s'il a pu intégrer l'université, poursuivre des études avancées et devenir enseignant, c'est grâce aux mesures gouvernementales de soutien à l'éducation. C'est par cette éducation, qu'il a pu changer son destin.

Son amour pour la médecine tibétaine ne s'est cependant pas arrêtée en si bon chemin : « Tout cela n'est que le début d'une étude plus en profondeur de la médecine tibétaine. »

En 2003, Yang Ga fut invité à se rendre aux Etats-Unis. Au cours de ses échanges avec ses homologues américains, il prit définitivement conscience de l'importance pour la recherche d'avoir des théories multiples sur le sujet. Rapidement, Yang Ga comprend qu'il lui faut « vraiment obtenir un doctorat ». Ses efforts seront récompensés et il finira par être diplômé de l'Université Harvard.

En réintégrant un cursus universitaire, Yang Ga fut soumis à une forte pression, mais cela le motiva d'autant plus : « En plus de devoir compléter 16 modules en 2 ans, je devais aller chaque semaine à la faculté de Théologie de Harvard pour enseigner l'histoire de la médecine tibétaine. J'étais à moitié étudiant et à moitié professeur, et cette double identité m'a bien occupé ! » En 2010, Yang Ga démissionna de son poste et retourna dans son Tibet natal pour continuer à étudier la médecine tibétaine.

Aujourd'hui, il est directeur du Département des masters de l'Université de médecine traditionnelle du Tibet. Il a quelque peu évolué dans son identité, mais son enthousiasme pour la recherche en médecine tibétaine et la littérature sur le sujet, est resté intacte : « En allant étudier aux Etats-Unis, j'espérais amener plus de personnes à comprendre ce qu'est véritablement la médecine tibétaine et permettre à celle-ci de s'inspirer encore davantage des performances de la médecine moderne. La médecine dont nous avons hérité de nos ancêtres est unique au monde, mais elle nécessite aujourd'hui des innovations théoriques urgentes. Si nous continuons à suivre la tradition de manière aveugle, la médecine tibétaine finira par devenir obsolète. »

Yang Ga estime que les nouvelles générations de médecins tibétains devraient parcourir le monde et assimiler les théories de la médecine moderne : « Il ne s'agit pas de le faire au détriment de la nature et de l'essence fondamentales de la médecine tibétaine. » Yang Ga espère que les efforts conjoints des chercheurs permettront à la médecine tibétaine d'entrer dans une nouvelle ère de découvertes et d'innovation, et de revenir sur le devant de la scène internationale.

Dans cette volonté de présenter et représenter la médecine tibétaine, l'Université de médecine traditionnelle du Tibet a envoyé des chercheurs dans plus d'une vingtaine de pays, dont les Etats-Unis, l'Angleterre ou encore la Russie, et a accueilli plus de 200 universitaires internationaux de près de 30 pays. Cependant, ces efforts sont encore loin d'être suffisants.

« Aujourd'hui, les essais cliniques à l'étranger, notamment en Suisse, indiquent que la médecine tibétaine est effective et sans danger, par exemple dans le traitement de la constipation. Mais du fait des différences de culture et d'habitudes dans l'utilisation de produits médicamenteux entre l'Orient et l'Occident, le monde de la médecine occidentale estime qu'une partie des éléments de la médecine tibétaine pourrait avoir des effets indésirables sur la santé. En réalité, lorsque nous extrayons des composés naturels purs, nous portons une attention toute particulière à la sélection des ingrédients et aux quantités. » Il faudra un certain temps avant de pouvoir se débarrasser de ces préjugés.

Par ailleurs, la médecine tibétaine n'est qu'une partie de la médecine traditionnelle chinoise. Elle ne peut entrer dans le domaine de la médecine générale et ne tient aujourd'hui qu'un rôle de médecine alternative et complémentaire. La route est encore longue avant que la médecine tibétaine puisse toucher le monde entier.

 

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