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Publié le 20/04/2012
Ludovic Chaker : une nouvelle dynamique franco-chinoise

Yang Jiaqing

Pratiquant des arts martiaux chinois, Ludovic Chaker est un fin connaisseur de la Chine. Après deux années en poste au Consulat de Shanghai, ce Nîmois de 32 ans est aujourd'hui candidat indépendant aux législatives sur la future 11e circonscription des Français de l'étranger. Rencontre avec Beijing Information à propos de ses expériences en Chine, de la campagne électorale et de l'évolution des relations sino-françaises, etc.

Quand et comment avez-vous découvert la Chine et sa langue ?

J'ai découvert la Chine à l'adolescence, lorsqu'un livre, le Lao Zi m'est tombé entre les mains. J'ai toujours beaucoup lu lorsque j'étais jeune et, en particulier, beaucoup de spiritualité. C'est tout naturellement que j'en suis venu à m'intéresser à la philosophie chinoise, mais ce n'est que plus tard que la Chine s'imposera à moi, à l'âge de 17 ans.

En effet je vais poursuivre mes études à Paris, où je me lie très rapidement à un maître chinois d'arts martiaux traditionnels qui me prend sous son aile. J'ai toujours été passionné par les arts martiaux et j'avais à présent la chance de m'investir pleinement aux côtés de quelqu'un d'extrêmement compétent qui me fit rapidement comprendre que pour devenir un expert en Wushu, il ne suffisait pas seulement de brasser du vent avec ses mains et ses pieds, mais qu'une dimension très importante de cette culture était liée à la langue chinoise, que ce soit sous son aspect philosophique, artistique, historique ou littéraire. C'est donc sur ses conseils que j'ai suivi un cursus en langue, littérature et civilisation chinoise à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Langues'O) à Paris.

Vous avez séjourné en Chine, notamment à Shanghai au consulat entre 2007 et 2009. Qu'est-ce qui vous a le plus impressionné ? Quelles expériences en avez-vous tirées ?

J'ai été très impressionné par le bras de fer, que j'ai vécu de l'intérieur, entre le gouvernement et l'opinion publique chinoise et le gouvernement français en 2008. Ce n'était pas le meilleur moment pour être français et, pour tout vous dire, j'étais un peu tiraillé car je ne cautionnais, et je ne cautionne toujours pas l'attitude de nos gouvernants à cette époque. Cet épisode a été très préjudiciable pour les relations franco-chinoises et, nous, la France, avons perdu ce bras de fer. C'est pourquoi j'appelle de mes vœux une nouvelle dynamique franco-chinoise sur des bases plus saines et surtout une grande transparence dans les rapports entre nos pays amis depuis toujours. L'actualité va très certainement le permettre, du côté chinois, j'en suis convaincu à partir d'octobre prochain, du côté français, je crois le deviner en mai prochain !

Vous êtes candidat indépendant sur la 11e circonscription des Français de l'étranger. Si vous êtes élu, comment procéderez-vous pour donner une impulsion au développement des relations sino-françaises ?

Je pense que nous manquons de dialogue, en matière économique mais aussi sur des accords unilatéraux que nos partenaires chinois ne comprennent pas bien, et pour cause : rien ne leur a été expliqué ! Les contrats de Volontariat International en Entreprise posent par exemple un certain nombre de questions, il nous faut rétablir le dialogue et trouver ensemble des pistes de solution pour accueillir nos jeunes respectifs dans nos pays respectifs. Un nombre croissant de jeunes Français viennent en Chine, et un nombre croissant de jeunes Chinois font maintenant la préférence de la France sur les Etats-Unis. Il convient de leur offrir un accueil encadré et sûr, c'est dans ce sens que je souhaite travailler. Je ferai également entendre ma voix à la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée Nationale à laquelle je compte siéger.

Quelles sont vos positions sur les principales thématiques de cette élection ? (fiscalité, sécurité sociale, éducation gratuite, etc..)

Il faut redorer le blason des Français de l'étranger car il y a une méconnaissance totale de la part des Français de métropole, de la part des institutions mais aussi de la part de la classe politique. Le député doit donc porter cette voix jusque dans l'hémicycle.

Plus concrètement, le député devra construire sur l'existant : réformer l'Assemblée des Français de l'Etranger (AFE), mettre en place un canal efficace jusqu'au gouvernement.

Sur la scolarité, il faut revenir sur la prise en charge dans les lycées car cette mesure est injuste et inefficace. A budget constant, je propose d'abroger ce système de prise en charge et de redistribuer les aides sous forme de bourse depuis la maternelle jusqu'au Lycée, en instaurant un système progressif sur critères de revenus familiaux.

Un sujet qui me tient à cœur également est le soutien des familles mixtes. De plus en plus de Français ont une propension à s'établir dans leur pays d'accueil. Ces binationaux ne représentent pas loin de la moitié des familles françaises à l'étranger. Il faut donc revoir leurs statuts, simplifier les procédures de leur mariage et faire entendre leurs préoccupations dans les instances de gouvernance des écoles françaises gérées par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE).

Enfin, le fonctionnement actuel de la Caisse des Français de l'Etranger (CFE) est également à revoir. Ses services sont souvent inadaptés (pas d'avance sur frais d'hospitalisation…) et les prix exorbitants. Sur 120 000 Français recensés dans la 11eme circonscription, 20 000 seulement sont affiliés à la CFE. Mon objectif, 100 %.

A seulement 32 ans, vous faites de votre jeune âge un atout de votre candidature. D'après vous, comment renforcer la compréhension mutuelle entre les jeunes peuples de nos deux pays ?

La Chine évolue, aussi bien socialement qu'économiquement. Je perçois une complicité entre nos générations, élevées aux mêmes mamelles de la mondialisation qui n'existait pas à l'époque de nos parents. Cela favorise bien évidemment les échanges, et je crois qu'il existe davantage de grilles de lectures communes entre un jeune de Shanghai ou de Pékin et un jeune Parisien qu'avec le rejeton d'une famille de mingong (N.D.L.R. : ouvrier migrant) du Hunan. Les clivages ne sont plus tant au niveau des pays que dans les inégalités croissantes entre des riches qui deviennent toujours plus riches et des pauvres toujours plus pauvres. Notre compréhension mutuelle est assurée pour l'avenir entre jeunes Chinois et Français, j'encourage cependant les « 80 hou » à plus de maturité et de tempérance dans leurs choix et leur qualité de vie : ce sont après tout l'élite chinoise de demain !

 

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