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Appel au réveil

JONATHAN SCHWESTKA*  ·  2026-05-04  ·   Source: La Chine au présent
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Il est temps pour l’Europe de sortir du théâtre politique et de faire des choix stratégiques en phase avec ses intérêts à long terme. 

Inauguration du site de production intégré de BASF à Zhanjiang (Guangdong), le 26 mars 2026

Après les récentes menaces des États-Unis concernant le Groenland et les discours de Davos, l’Europe a plus que jamais l’opportunité de se repositionner dans un monde multipolaire. Reste désormais à déterminer si les dirigeants européens sauront saisir cette occasion pour répondre aux exigences de la situation.

À en juger par la couverture médiatique et les déclarations officielles, la relation transatlantique semble traverser une crise sans précédent. Le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné cette tension en affirmant la préférence européenne pour « le respect plutôt que l’intimidation […] et l’État de droit face à la brutalité ». Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a qualifié les propos du président américain Donald Trump à Davos d’« injustes à tous les égards ». Plusieurs dirigeants européens ont publié un communiqué conjoint, affirmant qu’« il appartient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions qui les concernent ». Ces réactions témoignent d’une lassitude manifeste face à une rhétorique américaine agressive, venant s’ajouter aux frictions persistantes sur les droits de douane et les politiques industrielles qui pèsent sur les intérêts économiques du Vieux Continent.

Néanmoins, il est essentiel d’examiner avec un regard critique la véritable ampleur de cette crise.

Malgré la fermeté des discours, la direction de l’Union européenne (UE) reste attachée aux orientations américaines. Les interventions d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et de Kaja Kallas, haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commision, ont défendu l’alignement de l’Europe sur les États-Unis en invoquant la Russie et la Chine. Mme Von der Leyen a fait remarquer qu’une guerre commerciale entre l’UE et les États-Unis serait « célébrée » par la Russie et la Chine, tandis que Mme Kallas a soutenu que les droits de douane américains punissant les États européens constitueraient une « aubaine pour la Russie et la Chine ». Il est paradoxal de constater que les États-Unis, bien qu’évoquant ouvertement des visées territoriales au détriment d’un État membre de l’UE, restent perçus comme un partenaire face à des puissances n’ayant jamais menacé la souveraineté de l’UE.

Gilles Roth, ministre luxembourgeois des Finances, prend la parole au Forum 2026 sur les forces productives de nouvelle qualité et la finance transfrontalière au Luxembourg, le 24 mars 2026.

De même, si les dirigeants européens expriment publiquement leur indignation face aux tendances expansionnistes des États-Unis, ils cèdent volontiers aux pressions exercées par les hauts responsables américains de la défense, en acceptant, par exemple, de porter les dépenses militaires à 5 % du PIB, comme convenu lors du sommet de l’OTAN 2025 à La Haye. Aucun d’entre eux n’a remis en question ni demandé la fermeture des quelque 80 bases militaires américaines encore implantées à travers l’Europe.

Enfin, la persistance de cette dynamique d’alignement est visible jusque dans les justifications historiques : face aux critiques américaines sur l’insuffisance de leurs efforts de guerre en Afghanistan, plusieurs capitales européennes ont cru nécessaire de rappeler avec force leur participation active à cette campagne désastreuse, en dépit de son bilan humain et financier particulièrement lourd.

Selon le Premier ministre canadien Mark Carney, l’ordre international fondé sur des règles revêt une part d’illusion, les plus forts s’en affranchissant au gré de leurs intérêts, tandis que les normes commerciales s’appliquent de façon asymétrique. Ses propos ont été interprétés comme un dernier avertissement à l’Europe, l’incitant à changer de cap et à œuvrer en faveur d’un ordre mondial plus juste et plus inclusif, privilégiant le dialogue et la coopération avec les pays du Sud.

Malheureusement, il semble que ce ne soit qu’un vœu pieux. M. Carney n’est pas revenu sur le fait d’avoir « suivi les rituels », à savoir la participation à la destruction de nations souveraines du Sud par des guerres illégales, ni sur l’omission de dénoncer le décalage entre les principes affichés et la réalité diplomatique. Ces dynamiques ont souvent eu pour effet de renforcer les puissances offensives au détriment du droit international. Il semble que l’inquiétude des dirigeants européens ne s’exprime véritablement que lorsque les conséquences de l’expansionnisme impérial commencent à peser sur leurs propres nations. Si les États-Unis se concentrent à nouveau sur l’exportation de la violence à l’encontre des pays du Sud, il est probable que nombre de dirigeants occidentaux retomberont rapidement dans leur complicité habituelle. Le message d’Emmanuel Macron à Donald Trump – « nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran » – illustre la persistance de cette logique.


Des manifestants protestent contre le projet de Donald Trump d’annexer le Groenland devant l’ambassade des États-Unis à Londres, le 24 janvier 2026.

Le principal argument avancé pour justifier la soumission de l’Europe et son acceptation des humiliations répétées infligées par Washington repose sur l’idée que, malgré les griefs, l’Europe dépendrait des États-Unis pour sa sécurité. Ce raisonnement paraît pourtant de plus en plus fragile. L’Europe ne fait face à aucune menace directe de la part de nations telles que la Chine, l’Iran ou la République populaire démocratique de Corée, qui ne manifestent pas l’intention de nuire à ses intérêts stratégiques ou économiques. Contrairement aux discours dominants, l’insécurité actuelle de l’Europe n’est pas le produit d’une hostilité extérieure, mais de choix politiques internes. En s’enfermant dans des alliances stratégiques qui limitent sa marge de manœuvre diplomatique, l’Europe s’inscrit dans une logique de confrontation qui sert avant tout la grande stratégie américaine au détriment de ses propres intérêts.

Les faits corroborent cette absence de menace réelle en provenance de Moscou, Beijing, Téhéran ou Pyongyang. À l’inverse, les données sur l’activisme militaire de Washington sont éloquentes : selon le Service de recherche du Congrès américain, les États-Unis ont lancé au moins 251 interventions militaires entre 1991 et 2022. Parallèlement, le projet « Coûts de la guerre » de l’Université Brown estime que les guerres post-11 septembre ont entraîné près de 5 millions de décès et le déplacement d’environ 38 millions de personnes. Dans cette optique, les actions récentes des États-Unis ne sont pas des cas isolés, mais les composantes d’une stratégie de longue date, désormais poursuivie avec un mépris croissant pour les usages diplomatiques traditionnels.

Pourtant, cette réalité historique de l’usage de la force dans les pays du Sud a longtemps été occultée dans le débat public européen. L’Europe semble ne redécouvrir la valeur du droit international que maintenant, face aux velléités américaines concernant le Groenland. Ironiquement, c’est l’Europe elle-même qui a contribué à l’érosion du droit international au cours des dernières décennies, le remplaçant par un prétendu ordre international fondé sur des règles, qui a légitimé les sanctions et les interventions militaires contre des pays souverains du Sud, en toute illégalité au regard du droit international.

À l’inverse, l’engagement de la Chine auprès de ces nations met l’accent sur la coopération et le développement, l’interconnexion des infrastructures et le principe de non-ingérence. Par le biais de l’initiative « la Ceinture et la Route », des cadres de coopération Sud-Sud et du financement multilatéral du développement, la Chine s’est efforcée de combler les lacunes structurelles de développement sans imposer de conditionnalités politiques ou militaires.

Dans ce contexte, les menaces américaines contre l’Europe ne sauraient viser une cible plus emblématique, comme l’a souligné Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères. Cela est particulièrement vrai pour le Danemark, qui a multiplié les gages de loyauté envers les intérêts américains. Copenhague a non seulement participé à la guerre en Afghanistan et en Irak, mais s’est également aligné sur les restrictions américaines imposées aux entreprises technologiques chinoises, tout en facilitant la surveillance par l’Agence de sécurité nationale américaine de ses propres alliés européens, dont l’Allemagne, la France, la Suède et la Norvège, pendant plus d’une décennie.

Dans l’ensemble, ces développements marquent un tournant décisif pour l’Europe. Alors que les actions successives des États-Unis révèlent les limites des postulats transatlantiques de longue date, les pays européens approfondissent simultanément leurs liens avec la Chine et d’autres partenaires par le biais de dialogues de haut niveau, dessinant ainsi les contours d’un avenir alternatif.

La question n’est donc plus de savoir si l’Europe doit diversifier ses relations extérieures ou reconsidérer sa position stratégique, mais si elle est capable de dépasser les simples déclarations d’intention pour forger une politique étrangère et de sécurité véritablement souveraine. Dans un monde de plus en plus fragmenté et multipolaire, reporter cette adaptation entraînera des coûts croissants.

 

*JONATHAN SCHWESTKA est conseiller au Parlement européen.
(L’article original est publié dans China Daily et China Watch.)

 

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