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Une arithmétique du partage

CUI XIAOQIN, membre de la rédaction  ·  2026-05-04  ·   Source: La Chine au présent
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Un nouveau chapitre s’ouvre pour le commerce sino-africain sous le signe du tarif zéro. 

Un premier lot de maïs fourrage importé depuis l’Afrique du Sud accoste au port de Machong (Guangdong), le 4 mai 2023 

Le 1er mai 2026 marque l’entrée en vigueur d’une mesure appelée à remodeler en profondeur les relations économiques entre la Chine et l’Afrique : l’application d’une politique de traitement tarifaire zéro à l’ensemble des importations en provenance des 53 pays africains ayant établi des relations diplomatiques avec la Chine. Cette initiative d’ouverture, que Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a comparée à une « opération arithmétique », passe aujourd’hui du concept à la réalité.

À travers la « soustraction » des barrières tarifaires, la Chine entend favoriser l’« addition » des échanges, enclencher un véritable effet multiplicateur en matière de retombées sociales et élargir les opportunités offertes par l’immensité de son marché. Derrière ces opérations mathématiques se dessinent à la fois une réponse stratégique aux incertitudes du contexte international et une avancée décisive vers la concrétisation de la notion de communauté d’avenir partagé pour l’humanité, en particulier dans les relations sino-africaines.

Ouverture unilatérale

La décision de la Chine d’élargir unilatéralement son ouverture prend tout son sens dans un contexte de regain du protectionnisme commercial et de recours accru à l’arme tarifaire par certaines grandes puissances. Selon les données de l’Administration générale des douanes de Chine, le volume des échanges sino-africains a atteint 348 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7 % sur un an, établissant un nouveau record historique. La Chine demeure, pour la 16e année consécutive, le premier partenaire commercial du continent africain.

Dans ce contexte, l’exonération totale des droits de douane signifie que des produits emblématiques (cafés 
d’Éthiopie et du Kenya, piments séchés d’Ouganda ou encore fruits d’Afrique du Sud) pourront accéder au marché chinois à des prix plus compétitifs. Cette mesure profitera aux exportateurs africains et enrichira l’offre sur le marché chinois, répondant à une demande croissante pour des produits diversifiés et de qualité.

Cette politique envoie un signal fort : celui d’un engagement en faveur de la stabilité des échanges et du multilatéralisme. Alors que l’incertitude domine le commerce mondial, la Chine choisit d’offrir aux économies africaines une visibilité précieuse.

Comme le souligne Zhao Yongsheng, chercheur à l’Institut de recherche pour les chaînes de valeur mondiales et directeur du Centre de recherche sur l’économie française de l’Université de commerce international et d’économie, les bénéfices concrets et partagés générés par le traitement tarifaire zéro constituent précisément la matérialisation de la communauté d’avenir partagé Chine-Afrique de tout temps dans la nouvelle ère. À ses yeux, cette politique illustre une approche stratégique qui privilégie les gains à long terme et le bénéfice mutuel, plutôt que des calculs à court terme.

Un travailleur s’affaire dans une exploitation d’agrumes située dans la province du Nord-Ouest, en Afrique du Sud, le 24 mai 2023.

Coopération approfondie et structurée

Le traitement tarifaire zéro n’est toutefois qu’un levier parmi d’autres. Le cas d’une fleur kényane, cueillie à Nairobi et livrée à Shanghai en moins de 20 heures, illustre l’effet combiné des politiques de facilitation commerciale, des corridors logistiques optimisés et des procédures douanières accélérées.

Des initiatives concrètes témoignent également de cette dynamique. Lors d’un forum économique consacré aux nouvelles opportunités liées au « zéro tarif » tenu à Brazzaville (République du Congo), des entreprises des deux pays ont conclu des accords visant à structurer des chaînes de valeur transnationales. Le modèle prévoyant l’étape R&D en Chine associée à l’utilisation des matières premières africaines pour une commercialisation sur le marché chinois prend progressivement forme, soutenu par des dispositifs de « corridor vert » et de dédouanement rapide.

L’impact le plus structurant de cette politique réside dans son effet d’entraînement sur les chaînes industrielles. En facilitant l’accès au marché chinois, elle incite les entreprises chinoises à investir en Afrique, à y développer des capacités de transformation et à favoriser le transfert de technologies. L’objectif est clair : aider les économies africaines à dépasser leur rôle traditionnel de fournisseurs de matières premières pour gravir les échelons des chaînes de valeur mondiales.

Cette ambition a été saluée par Denis Christel Sassou Nguesso, ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public/privé de la République du Congo, qui estime que le « zéro tarif » contribuera à accroître la valeur ajoutée des produits agricoles et industriels africains. En combinant ouverture du marché, investissement et transfert de technologies, la Chine répond ainsi aux aspirations africaines en matière d’industrialisation.

Une ouvrière fait sécher des grains de café dans une usine de transformation à Kirinyaga, au Kenya, le 18 décembre 2024.

Communauté d’avenir partagé

La portée la plus profonde de cette politique réside dans sa capacité à transformer un concept abstrait, celui de la communauté d’avenir partagé pour l’humanité, en une réalité tangible.

Boire un café issu de grains africains ou déguster des vins sud-africains en Chine, ou encore permettre à de jeunes Africains de trouver un emploi stable dans des entreprises locales soutenues par des investissements chinois : la coopération sino-africaine s’inscrit dans le quotidien des populations.

Selon M. Zhao, l’effet multiplicateur de cette politique se déploie à plusieurs niveaux : à court terme, elle stimule l’emploi et les revenus en Afrique ; à moyen terme, elle renforce les capacités industrielles grâce aux investissements et au transfert de technologies ; à long terme, elle favorise l’émergence d’une classe de consommateurs africains, susceptible de devenir un moteur de demande pour les produits chinois. Il s’agit là d’un cercle vertueux qui dépasse la simple logique d’échange commercial.

Comme le rappelle M. Wang, cette évolution s’inscrit dans une histoire longue. Des visites en Afrique de l’ancien Premier ministre chinois Zhou Enlai aux sacrifices des ingénieurs chinois lors de la construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie, la relation sino-africaine a traversé les épreuves du temps et les aléas internationaux. Aujourd’hui, le traitement tarifaire zéro prolonge cet héritage en le traduisant en opportunités concrètes de développement.

 

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