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Le pont du développement |
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| DODOO-AMOO ERIC NII AMU OKOTOKATA* · 2026-05-04 · Source: La Chine au présent | |
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Inauguration de la deuxième phase du projet d’extension du port de Tema, au Ghana, le 13 novembre 2025
E n 2025, sur l’estrade de l’Academy for International Business Officials (AIBO), institution relevant du ministère chinois du Commerce à Beijing, les projecteurs se braquaient sur moi. Face à une vingtaine de confrères venus de pays africains anglophones, j’ai pris la parole d’une voix posée : « Notre rassemblement dépasse nos fonctions respectives d’agents publics : nous sommes partenaires d’un développement commun. Ce lien, qui s’affranchit des distances géographiques, illustre l’essence même de la coopération sino-africaine, fondée sur l’égalité, l’entraide et une profonde symbiose. »
En remontant le fil du temps jusqu’à ma première immersion en Chine, en 2015, je revois le jeune économiste que j’étais au ministère des Finances du Ghana, alors totalement étranger à ce pays d’Asie. Jamais je n’aurais imaginé qu’au fil de ces années, je passerais du rang d’auditeur attentif à celui d’intervenant engagé pour la coopération sino-africaine. Ce voyage initial n’a pas seulement modifié ma perception de la coopération internationale, il a durablement infléchi le cours de ma vie.
Poursuivre mes études
En 2015, une visite d’étude en Chine a bouleversé mes conceptions. J’ai été profondément marqué par le TGV qui relie Beijing à Tianjin en trente minutes et les parcs industriels modernes s’égrenant le long de la ligne. Le contraste avec le Ghana de l’époque était saisissant : la couverture électrique nationale plafonnait à 55 %, la capitale accusait un déficit de plus d’un million de logements et notre bauxite, pourtant abondante, était exportée à l’état brut avec une valeur ajoutée dérisoire. Voir la Chine, nation ayant elle aussi connu l’oppression et la pauvreté, tracer sa propre voie de modernisation a été une révélation. Dès lors, ma décision était prise : je reviendrais m’y former pour rapporter des stratégies de développement adaptées à mon pays.
En 2017, grâce au programme « Youth of Excellence Scheme of China » (YES China), j’ai été admis à l’Université de Commerce international et d’Économie pour un master en coopération économique internationale. C’est là que la théorie de la nouvelle économie structurelle du professeur Justin Yifu Lin a éclairé ma réflexion : chaque pays doit se développer en s’appuyant sur ses propres avantages comparatifs, sans copier aveuglément les modèles occidentaux. Fort de ce bagage, deux ans plus tard, j’ai rejoint l’Institut de coopération Sud-Sud et de développement de l’Université de Pékin pour y préparer un doctorat. Je suis ainsi retourné dans la capitale, cette fois, pour approfondir mes recherches et confronter les défis ghanéens aux enseignements chinois.

Emmanuel Armah-Kofi Buah, ministre ghanéen des Terres et des Ressources naturelles, prend la parole au salon Investing in African Mining Indaba au Cap (Afrique du Sud), le 10 février 2026.
Du doute à l’espoir
À mon arrivée à l’Institut de coopération Sud-Sud et de développement, qui rassemble des étudiants des pays du Sud global, mon anxiété était à son comble. Face à la diversité des défis propres à chaque pays, je m’interrogeais : une théorie unique peut-elle s’adapter à des réalités si variées ? Les enseignants considèrent-ils les pays en développement comme un bloc monolithique ?
Le modèle pédagogique de l’Institut a rapidement balayé ces craintes. Loin de se cantonner à l’économie chinoise, plus de 80 % des professeurs ont officié au sein d’organisations internationales comme les Nations unies ou la Banque mondiale. Cette expertise leur confère une connaissance fine de l’Afrique et des obstacles concrets auxquels elle fait face. En classe, ils analysent avec précision les problèmes de développement propres à chaque pays, sans jamais imposer une approche théorique rigide.
En utilisant l’expérience de la Chine comme étude de cas, l’Institut nous incite à concevoir nos propres solutions par le débat et l’élaboration collective de stratégies. Ce qui m’a le plus touché, c’est le récit d’un professeur qui a décrit, à partir de son vécu, le passage de la Chine de la pauvreté au décollage économique. Ce pays a lui aussi enduré l’occupation étrangère et des difficultés similaires à celles du Ghana. Cette résilience générationnelle a fait naître en moi une promesse solennelle : celle de consacrer ma vie au développement du Ghana.
Porté par cette conviction, je me suis entièrement investi dans mes recherches. De nombreuses nuits, dans la salle de séminaire, nous avons étudié des cas chinois de financement du développement afin d’envisager les voies de développement du Ghana. Ces réflexions partagées sur l’industrialisation de l’Afrique ont abouti à la rédaction d’articles communs, explorant des trajectoires de croissance diversifiées pour l’Afrique.
Ma directrice de thèse, la professeure Xu Jiajun, m’a toujours encouragé à m’appuyer sur les réalités locales du Ghana, sans jamais me demander d’appliquer aveuglément le « modèle chinois ». Sa compréhension des héritages coloniaux du Ghana dépasse de loin celle de nombreux chercheurs locaux. Cette expérience d’études m’a profondément fait comprendre que les pays du Sud global doivent s’inspirer mutuellement et se soutenir les uns les autres pour sortir des impasses du développement.
Bâtir un pont
Après l’obtention de mon doctorat, je suis rentré au Ghana porté par un sens du devoir. Nommé directeur du bureau des affaires chinoises au ministère des Finances, je suis devenu un pont entre la Chine et le Ghana. Après mon retour, j’ai coordonné la mise en œuvre de 17 projets de coopération, chacun ayant apporté une amélioration tangible au quotidien de mes concitoyens.
Parmi eux, la création d’une centrale thermique de 420 MW, représentant un investissement de 600 millions de dollars, a d’abord suscité de vives critiques. À la tête de mon équipe, j’ai mené d’intenses négociations pour adapter le projet aux besoins électriques locaux et en assurer le suivi rigoureux. Aujourd’hui, la centrale fonctionne de manière stable : le taux de couverture électrique nationale est passé de 55 % à 76 %. Les commerces d’Accra peuvent désormais rester ouverts 24 heures sur 24 et les usines ne craignent plus les coupures. Les lumières qui s’allument chaque soir dans les foyers sont le témoignage le plus vibrant de la réussite de la coopération sino-africaine.
Parallèlement, un projet de logements sociaux d’un montant total de 150 millions de dollars a déjà permis la livraison de 1 200 habitations à des familles à faibles revenus, offrant ainsi à près de 6 000 personnes la possibilité de sortir des bidonvilles. Voir ces vies transformées donne tout son sens à mon engagement.
Enfin, la stratégie de diversification du financement que j’ai impulsée a profondément remodelé notre paysage économique. En réduisant notre dépendance aux institutions financières multilatérales occidentales, qui est passée de 62 % à 38 %, et en faisant de la Chine notre deuxième bailleur de fonds, le Ghana a gagné en souveraineté. Ce modèle de coopération, flexible et pragmatique, nous offre désormais plus de maîtrise sur notre propre agenda et l’assurance de progresser en toute autonomie.
Un avenir prometteur
Chaque fois qu’un compatriote me sollicite pour intégrer l’Institut de coopération Sud-Sud et de développement, je lui recommande toujours d’y aller avec une conscience aiguë des défis de son pays et une volonté de changement. Les professeurs de l’Institut y transmettent une leçon capitale : il n’existe aucune recette universelle. La seule voie est de s’appuyer sur les réalités locales et d’explorer des solutions concrètes. Pour réussir, il faut également briser les stéréotypes, faire preuve de sincérité dans les échanges et chercher une compréhension mutuelle, car c’est là le point de départ de toute coopération internationale.
Au cours de la dernière décennie, j’ai vu la coopération sino-africaine favoriser l’émergence d’un développement autonome de l’Afrique. En restant un partenaire égalitaire, la Chine partage ses savoir-faire et apporte son soutien sans jamais dicter de trajectoire. Ce respect mutuel a permis aux pays africains d’avancer vers la modernisation sans plus jamais se soumettre à la volonté des autres.
Aujourd’hui encore, je continue de me consacrer au développement du Ghana. Je suis convaincu que dans un avenir proche, je pourrai honorer ma promesse en racontant au monde le décollage de mon pays. Ce récit fera rayonner la lumière de la coopération sino-africaine et l’esprit de la solidarité Sud-Sud, éclairant ainsi la voie à suivre pour de nombreux autres pays en développement.
*DODOO-AMOO ERIC NII AMU OKOTOKATA est directeur du bureau des affaires chinoises au ministère des Finances du Ghana.
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