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La mémoire juive de Shanghai |
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LU JIAJUN, membre de la rédaction · 2025-08-29 · Source: La Chine au présent | |
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Dans le Musée des réfugiés juifs de Shanghai, un beau sac à main attend toujours son propriétaire dans une vitrine. Le sac appartenait à un couple juif. Cherchant refuge à Shanghai pendant la Seconde Guerre mondiale, ils avaient mis le sac en gage auprès du grand-père de Jin Wenzhen afin de couvrir les frais médicaux de leur enfant. M. Jin avait alors prêté au couple l’équivalent en espèce du revenu d’un mois de sa boutique de riz, mais ne les a jamais revus par la suite.
M. Jin était préoccupé par le sort de cette famille juive. Il remit le sac à main à sa petite-fille en lui disant qu’il s’agissait d’un héritage familial qui devait être bien conservé. L’âge venant, elle a de plus en plus ressenti le désir de retrouver le propriétaire du sac. Elle le confia au Musée des réfugiés juifs de Shanghai, espérant qu’il pourrait y être exposé et que, d’une manière ou d’une autre, il serait possible de retrouver des descendants du propriétaire juif. La recherche se poursuit encore aujourd’hui.
Le musée, qui s’étend sur plus de 4 000 m2, abrite près d’un millier de pièces racontant plus de 160 histoires personnelles. Il retrace la vie des réfugiés juifs et leurs interactions avec les habitants de Shanghai pendant la Seconde Guerre mondiale.
Inauguré en 2007 sur l’ancien site de la synagogue de Moïse, le musée est le seul mémorial en Chine à refléter la vie des réfugiés juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Cette synagogue, construite en 1927, était à l’époque le principal lieu où les réfugiés juifs se retrouvaient. C’est également l’une des deux synagogues encore existantes à Shanghai.
Dans la cour du musée, le Mur des noms des réfugiés juifs de Shanghai est gravé de 18 578 noms. Au fil des années, il a attiré de nombreux anciens réfugiés juifs et leurs descendants, venus rechercher les noms de leur famille et de leurs amis.
Sculpture du Mur des noms des réfugiés juifs
Les réfugiés juifs de Shanghai
Dans les années 1930 et 1940, un grand nombre de juifs furent contraints de fuir l’Europe en raison des persécutions nazies. Avec l’aide de He Fengshan, alors consul général de Chine à Vienne, ainsi que de diplomates d’autres pays, Shanghai devint un refuge sûr pour quelque 20 000 réfugiés juifs européens entre 1938 et 1941, qui nouèrent une profonde amitié avec les habitants chinois grâce à l’entraide.
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale en août 1945, les juifs de Shanghai commencèrent à rechercher leurs proches. Après avoir pris connaissance des expériences tragiques de ceux qui se trouvaient dans les camps de concentration en Europe, ils furent très reconnaissants envers Shanghai, qui les avait protégés des atrocités nazies. Par la suite, beaucoup émigrèrent aux États-Unis, en Israël, au Canada et en Australie.
Bien que les réfugiés juifs aient quitté Shanghai, ils sont demeurés reconnaissants envers la ville qui les avait sauvés, et ont continué de considérer Shanghai comme leur « deuxième patrie ». Leurs descendants continuent de revenir à Shanghai pour rechercher leurs racines et restent en contact avec le musée.
Un lieu de mémoire
Depuis sa création, le musée a accueilli plus de 1,5 million de visiteurs venus de 137 pays et régions, dont environ 30 % provenant de l’étranger. Il a également reçu de nombreux hommes politiques et célébrités internationaux, ainsi que de nombreux anciens réfugiés juifs et leurs descendants.
Ariel Cukierman, président du groupe allemand Suprema et descendant de réfugiés juifs, a visité le musée le 21 décembre 2024. Durant sa jeunesse, sa mère, Bela Wolff, lui racontait souvent ses expériences à Shanghai. Il se sentait donc très proche des nombreuses histoires, photos et objets exposés dans le musée. Après sa visite, M. Cukierman a également montré un documentaire sur le 80e anniversaire de sa mère. Dans la vidéo, Mme Wolff raconte son histoire lorsqu’elle était jeune fille. Elle explique que sa vie de réfugiée à Shanghai n’avait pas été difficile et qu’elle reste pour elle une expérience mémorable. M. Cukierman estime que l’expérience de sa mère à Shanghai lui avait toujours donné un sentiment particulier et une compréhension profonde de la Chine. Il a d’ailleurs établi des partenariats avec des entreprises chinoises, notamment Oriental International Holding (OIH). En signe de bonne volonté, il a depuis fait don du passeport de sa mère datant de ses années de réfugiée au musée, par l’intermédiaire d’OIH.
Lilli Fliess, ancienne réfugiée juive à Shanghai, est retournée dans le quartier de Hongkou et a revécu ses souvenirs avec ses trois enfants le 5 novembre 2024. Mme Fliess était arrivée à Shanghai avec ses parents pour se réfugier en 1939, alors qu’elle n’avait que 10 ans. En 1948, elle quitta Shanghai pour s’installer en Israël.
En 2001, elle y est revenue et 20 ans plus tard, elle a visité le musée pour la première fois. Elle est retournée dans son ancien domicile à Hongkou et a raconté son expérience au personnel du musée. Elle a également parcouru l’exposition et recherché les noms de sa famille et de ses amis sur le mur de la mémoire. À la fin de sa dernière visite, elle a exprimé sa gratitude envers Shanghai, disant qu’elle avait eu beaucoup de chance d’être là à cette époque, que la ville avait sauvé la vie des réfugiés et qu’elle n’oubliera jamais son domicile à Shanghai. Elle a également laissé un message en hébreu, en allemand et en anglais dans le livre d’or.
« J’ai vu de nombreux anciens réfugiés juifs de plus de 90 ans venir à Hongkou à la recherche de leur ancien domicile, et j’ai également reçu les documents relatifs à leur refuge à Shanghai qu’ils ont conservés pendant des décennies. Je réalise que Shanghai est la racine et l’âme qu’ils ne peuvent jamais oublier dans leur cœur », explique Chen Jian, directeur du Musée des réfugiés juifs de Shanghai. « Préserver l’histoire est le souhait et l’aspiration longtemps chéris du peuple juif. C’est un souvenir indélébile de la nation juive, mais aussi une période historique que Shanghai ne peut oublier. Pour les habitants de cette grande ville, il est de notre responsabilité d’enregistrer, de protéger et de transmettre cette histoire. »
Lilli Fliess (2e g.), une ancienne réfugiée juive à Shanghai, ses trois enfants et Chen Jian (1er d.), directeur du Musée des réfugiés juifs de Shanghai, posent au musée, le 5 novembre 2024. (PHOTOS FOURNIES PAR LE MUSÉE DES REFUGIÉS JUIFS DE SHANGHAI)
Vers plus d’échanges culturels
Grâce à ses collections, le musée présente une exposition thématique sur les réfugiés juifs et Shanghai. Depuis 2011, cette exposition a voyagé dans plus de dix pays, dont les États-Unis, l’Allemagne, Israël, l’Australie et le Brésil, et a collaboré avec des centres culturels et des musées locaux. Il existe aussi une plateforme de communication entre la Chine et les secteurs officiels et privés des pays visités, permettant à des personnes issues de différentes cultures de découvrir une histoire commune et de renforcer compréhension et respect mutuel.
Lors de la cérémonie d’ouverture de l’exposition au Capitole en 2014, Cui Tiankai, alors ambassadeur de Chine aux États-Unis, a déclaré que l’événement aurait un impact profond sur les relations sino-américaines. Six membres de la Chambre des représentants américaine ainsi que le conseiller pour les affaires juives du président Obama ont également prononcé des discours. Plus de 200 membres du personnel du Capitole ont assisté à la cérémonie. Une exposition mise à jour, intitulée « Shanghai, patrie d’autrefois », a été présentée au Fosun Plaza à New York en août 2023, attirant l’attention et une couverture positive de plus de 700 médias internationaux, dont le New York Times.
La 34e conférence annuelle de la Fédération mondiale des survivants de l’Holocauste et de leurs descendants s’est tenue à Markham, au Canada, en septembre 2024. Après la réunion, de nombreux participants ont évoqué les expériences de leurs proches ou amis ayant cherché refuge à Shanghai et exprimé leur volonté d’aider à contacter les personnes concernées. Grâce à cet événement, le personnel du musée a pu entrer en contact avec onze personnes et les interviewer sur la vie des réfugiés juifs à Shanghai.
En plus des expositions à l’étranger, le musée a également organisé une série d’événements thématiques à Shanghai, tels que des balades urbaines, des visites d’étude et des salons musicaux, aidant le public, en particulier les adolescents, à comprendre l’histoire de Shanghai dans l’accueil des exilés, à découvrir l’amitié particulière entre les deux communautés en temps de difficultés et à mettre en valeur le charme unique de Shanghai en tant que carrefour multiculturel.
« Jerry Moses, ancien réfugié juif, a affirmé que la gentillesse, la compréhension et la tolérance font la grandeur de la Chine, que la guerre, la cupidité et la haine ne peuvent jamais ternir. Cette histoire [des réfugiés juifs] montre que même dans les moments les plus sombres, la bienveillance de l’humanité peut encore briller. Préserver cet héritage spirituel n’est pas seulement un respect pour l’histoire, mais aussi une manière de semer les graines des convictions futures », note M. Chen.
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