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L’héritage du Juste |
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WEI HONGCHEN, membre de la rédaction · 2025-08-29 · Source: La Chine au présent | |
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Thomas Rabe pose à côté de la statue de son grand-père John Rabe en compagnie de son épouse. (PHOTO FOURNIE PAR THOMAS RABE)
Dans la partie sud du campus Gulou de l’Université de Nanjing (Jiangsu), une demeure de style allemand en briques grises se dresse à l’ombre des arbres. Cette ancienne résidence de John Rabe (1882-1950), alors représentant de Siemens en Chine, abrite aujourd’hui un mémorial dédié à l’homme dont le courage a sauvé des dizaines de milliers de vies durant l’occupation japonaise. C’est entre ses murs qu’il a rédigé son célèbre journal – témoignage capital des atrocités du massacre de Nanjing.
Dès le portail, une statue en bronze de John Rabe accueille les visiteurs avec un regard calme et ferme. Cachée de l’agitation de la ville, cette demeure paisible a offert un refuge à d’innombrables réfugiés chinois pendant l’invasion de Nanjing par les Japonais en 1937. À ce jour, un abri anti-aérien construit par M. Rabe lui-même subsiste encore dans un coin de la cour.
Parmi les pèlerins venus des quatre coins du monde, une silhouette capte les regards : Thomas Rabe, petit-fils de John Rabe, professeur honoraire à l’Université de Heidelberg (Allemagne) et président du Centre d’échange John Rabe. Depuis l’ouverture au public de l’ancienne résidence en 2006, ce septuagénaire y revient inlassablement, transformant l’héritage familial en pont culturel. À travers des actions concrètes, il s’est engagé à promouvoir les échanges et la coopération entre la Chine et l’Allemagne dans les sciences humaines et le traitement médical, réactivant l’humanisme de son aïeul à l’ère contemporaine.
Un devoir
Né bien après la disparition de son grand-père, Thomas Rabe a grandi dans l’ignorance des actes héroïques de John Rabe. « Mon père, Otto Rabe, né en Chine, me racontait souvent des anecdotes sur la vie quotidienne et la culture chinoises, mais ne parlait jamais des années sombres », confie-t-il la voix soudainement plus lente. Ce n’est qu’à l’université, lorsqu’il a découvert le journal manuscrit, que le jeune étudiant en médecine a pris pleinement conscience du destin exceptionnel de son aïeul.
En 1908, le jeune John Rabe mettait le pied sur le sol chinois pour la première fois. Après avoir vécu dans de nombreuses villes comme Beijing, Tianjin et Nanjing, il est tombé amoureux de cette terre, où il s’est marié et a eu des enfants. « À la veille de l’occupation de Nanjing en 1937, tous l’exhortaient à quitter la ville, mais mon grand-père a choisi de rester. Il jugeait naturel de ne pas abandonner les Chinois dans la détresse, car il avait depuis longtemps bénéficié de la générosité de la Chine et de son peuple », explique Thomas Rabe.
Sous le feu des bombardements japonais, ce sens du devoir a donné naissance à un acte de résistance sans précédent : la création de la Zone de sécurité, ce sanctuaire de 4 km² qui a sauvé 250 000 vies. La propre maison de John Rabe a également servi de refuge. Avec l’école allemande voisine, il a abrité plus de 600 civils sans-abri. Il a parcouru la ville pour collecter fonds, nourriture, médicaments et produits de première nécessité, sans jamais se soucier de sa propre sécurité. Les habitants de Nanjing le surnommaient le « Bouddha vivant de Nanjing ».
« Avec une rigueur caractéristique des Allemands, mon grand-père a consigné les atrocités commises par l’armée japonaise dans plus de 2 000 pages de document et une centaine de photographies », déclare Thomas Rabe, extrêmement fier du courage dont a fait preuve son grand-père pour protéger les civils.
Thomas Rabe et son épouse visitent le quartier historique et culturel du temple Miaoying, à Beijing, le 9 juillet 2025.
Une conviction
« Les exploits humanitaires de mon grand-père pendant le massacre de Nanjing restent une pierre angulaire de nos valeurs familiales, et transmettre la responsabilité historique contenue dans son journal constitue une mission pour moi », souligne Thomas Rabe.
« Avant sa mort, mon grand-père a remis à mon père son journal et tous les documents historiques associés, et mon père me les a transmis. » En 2016, Thomas Rabe fait don du journal historique de son grand-père aux Archives nationales de Chine, un geste lourd de sens. Ce manuscrit, désormais inscrit au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO, reste l’un des témoignages les plus complets sur le massacre de Nanjing.
« Personne ne peut effacer l’histoire, et tout le monde doit y faire face, déclare Thomas Rabe. Je serais soulagé si le Japon pouvait reconnaître enfin ce passé et s’en excuser. Si cela se réalisait, les efforts de ma famille seraient couronnés. C’était d’ailleurs le vœu de mon grand-père. »
Avec son épouse, Thomas Rabe a créé six centres d’échanges internationaux dédiés à la mémoire de son grand-père en Allemagne, en Roumanie, en Espagne et en Chine. En plus de conserver des archives historiques, ces centres présentent au public l’histoire du massacre de Nanjing, racontent l’histoire bouleversante de ces étrangers qui, au péril de leur vie, ont protégé des civils, et font rayonner l’esprit humanitaire de John Rabe.
Le courage, la fraternité et la recherche de la paix, voilà comment Thomas Rabe résume les qualités spirituelles de son grand-père. En ces temps de divisions et de conflits croissants, il met particulièrement l’accent sur l’importance de transmettre cet esprit aux jeunes générations du monde : « Pour cela, j’ai consacré dix ans à écrire le livre Rabe et la Chine. Il s’agit non seulement d’une biographie personnelle de mon grand-père, qui retrace ses trente années d’expérience en Chine, mais aussi d’un livre destiné à perpétuer l’amitié de la famille Rabe avec le peuple chinois. » Il convient de mentionner que toutes les recettes des droits d’auteur de cette publication serviront à soutenir la cause humanitaire.
En Chine, il est un descendant très respecté de la famille Rabe, tandis que dans le milieu médical allemand, il est un endocrinologue gynécologique de renom. Après avoir consacré près de quarante ans à la maternité de l’Université de Heidelberg, Thomas Rabe a apporté des contributions remarquables dans les domaines de l’endocrinologie gynécologique et de la médecine de la reproduction.
En 2013, sur recommandation de ses pairs, Thomas Rabe a rejoint l’équipe internationale de la professeure Ruan Xiangyan, spécialiste en endocrinologie et en médecine de la reproduction à la Maternité de Beijing affiliée à l’Université de médecine de la Capitale, marquant ainsi un nouveau chapitre dans la coopération médicale sino-allemande.
Face aux défis mondiaux liés à la préservation de la fertilité chez les patientes atteintes de cancer, il a partagé le fruit de ses recherches menées pendant plusieurs années, permettant à l’équipe d’aboutir à des avancées révolutionnaires : la première greffe de tissu ovarien cryoconservé en Chine, la première grossesse naturelle post-transplantation, puis la première naissance d’un bébé en parfaite santé. Ces trois percées majeures dans le domaine de la médecine reproductive ont permis à la Chine d’accéder à une position de leader international dans ce secteur.
Thomas Rabe (1er g.) lors de la cérémonie de remise des 2es Prix Orchidée, à Beijing, le 10 juillet 2025
Une transmission
« Le peuple chinois honore la mémoire de John Rabe pour son immense amour de la vie et sa poursuite de la paix », répète souvent Thomas Rabe. Pour le petit fils du « Juste de Nanjing », ces mots prononcés par le président chinois Xi Jinping représentent la plus grande distinction que son grand-père ait jamais reçue.
Cette reconnaissance historique accompagne Thomas Rabe depuis toujours. En 2015, il a reçu à Beijing la médaille commémorant le 70e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise ; en 2018, il s’est vu décerner le Prix de l’amitié du gouvernement chinois, la plus haute distinction accordée aux étrangers ; et en 2025, il a eu l’honneur d’être nommé ambassadeur de l’amitié lors de la cérémonie de remise des 2es Prix Orchidée.
« Ces honneurs ne me reviennent pas à moi seul, mais à toute notre famille dont les liens avec la Chine durent depuis 117 ans », déclare Thomas Rabe avec émotion, soulignant que sa famille considère toujours la Chine comme sa seconde patrie. Aujourd’hui, cette profonde amitié continue de se perpétuer : son fils Maximilian Rabe, parfaitement sinophone, reprend le flambeau familial en poursuivant les activités du Centre d’échange John Rabe.
Cette année marque le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste. Pour Thomas Rabe, l’héritage spirituel de son grand-père demeure pleinement vivant : « La paix exige l’engagement de tous. Face à l’injustice, notre devoir est d’agir, même avec des moyens limités », conclut-il.
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